Chronique : « Araneum » de Blackthorn

Par Dwight dans Chroniques

L’après midi du 21 août, au retour du Summer Breeze, mon téléphone vibre… Ah tiens, Greg :
« Hey gros! Ca va? T’es chez toi?
_ J’rentre du Summer Breeze, j’serai là ce soir je pense. Pourquoi?
_ J’viens de rentrer de Biélorussie. Passe à la maison, j’ai quelques surprises pour toi, disait il avec l’excitation et l’innocence d’un petit garçon. Tu verras, tu seras pas déçu!
_ Ah? Okay, je viendrais…

Pour couper court, le mot « surprise », chez ce bon vieux Greg, est souvent synonyme de raretés metallistiques slaves, trop peu connues en nos terres occidentales.
J’arrive donc, la fatigue se lisant sur mon visage, ces quatre jours festifs ayant eu raison de mon entrain et surtout de mon foie. Je m’abstiens de faire toutes les civilités habituelles, mon tempérament de rustre prenant le dessus:
_ Bon vieux, va au plus pressé. Où sont donc les raretés dont tu m’as parlé tantôt?
_ J’attendais que tu me le demandes justement! Regarde!
Il me sort donc une valise (oui oui une valise!), remplie de disques de genre divers et variés (tout en restant Metal, tout de même). Devant mon regard ébahi, il me sort:
_ Etonné hein? Ca m’a coûté une fortune, mais bon, quand on est passionné… Tiens, je t’ai ramené ce que tu m’as demandé.
Il me tend alors ce CD de Thelema que j’attendais tant, et me fila aussi le dernier album de Mental Demise, album si impossible à choper… Lui me l’avait ramené!
_ Oh merci vieux!
_ Ne me remercie pas! Tiens, je sais que t’es un peu fan du Black qui sort des sentiers battus, il me tend alors le seul et unique album de Serpens (groupe ukrainien d’excellente facture, tournant maintenant sous le nom de The True Serpens). Et tiens, c’est des nanas que j’ai croisé là bas, au Metal Crowd Festival. Elles sont pas mal, dans les deux sens du terme, et je leur ai pris leur dernier album.
Je m’empresse de prendre la boîte que Greg me tendait.
_ Et au fait, leur groupe s’appelle Blackthorn. Tâche de m’en faire une chronique, le nouvel album sort bientôt! »

Je le quitte donc, regardant les présents qu’il m’avait donnés. Je ne vous cache pas que je ne vais ni vous décrire Thelema, ni Mental Demise, ni Serpens, mais bien l’album de ces chères donzelles de Blackthorn, le bien nommé Araneum. N’étant pas un adepte de la lecture (ni de la compréhension d’ailleurs) de l’alphabet cyrillique et de la langue slave, je me suis permis d’utiliser Metal Archives et Spirit of Metal, afin de vous retranscrire le plus fidèlement les titres de cet album (je tiens juste à préciser qu’une version « anglophone » est sortie à dix mois d’intervalle, cette dernière étant auto-produite, mais identique à celle que je vais vous chroniquer, c’est à dire la version Russe).

Car oui, ce quintette nous vient de Moscou, du moins de ces environs, et est composé de cinq femmes, aussi charmantes les unes que les autres! En réfléchissant,quand y’a que des femmes dans un groupe, ça fait souvent du Gothique pourri, sans saveur, qui pullule et qui disparait aussi vite qu’il est apparu! (exception faite pour Crucified Barbara, Kittie, ou encore les cultissimes Girlschool qui ont tant botté le cul à ce cher Lemmy). Bah, je verrais bien ce qui m’attend, ça m’apprendra à prendre de tout. Pourtant, cette pochette m’a pas l’air si mal, ces silhouettes entourées d’un halo verdâtre flouté, autour d’une sorte de vortex temporel, avec ce logo trituré… Ca change des jolies écritures toutes rondes que l’on a l’habitude de voir (je ne citerais bien évidemment pas Nightwish ou After Forever…)
En mettant le CD, j’avais cette appréhension du « J’aime pas le Gothique, ça va forcément être naze » (ceux qui me connaissent n’en douteront pas!), mais bien mal m’en a pris! Explications:

Après une intro, somme toute banale, mais qui a le don de foutre dans l’ambiance, avec ses voix incantatoires, au limite du mysticisme, s’enchaine un titre énergique : Omen! On a de la double, un bon gros riff bien Death, qui dépote pas mal, agrémenté d’un clavier pas mal présent, mais qui n’entâche pas la composition! Putain, on est bien loin de ces « standards » pour minettes, genre Within Temptation, Nightwish (cette période hein, pas celle avec Tarja, où il yavait une bonne grosse base Death sur les premiers albums, très peu perceptible sur Once, mais présente tout de même et que j’apprécie fortement!), Epica et autres consorts… Et cette voix, mes aïeux, cette voix… Lyrique au possible, magnifique à l’extrême: elle n’atteint cependant pas le timbre de Tarja (qui reste la référence pour moi), mais reste dans le timbre « Opéra » et colle parfaitement à l’ambiance musicale.
L’apport du clavier, bien que je n’en sois pas fan, apporte plusieurs éléments non négligeables à la musique de Blackthorn. Le premier, et pas des moindres, est son accessibilité : le clavier adoucit le riffing assez gras, car se situant souvent aux frontières du Black et du Death, apportant donc aux néophytes et aux réfractaires du bourrin matière à cogiter et à écouter. Deuxième pierre à l’édifice, ce clavier apporte une aura mystique, d’incantation, de magie et d’occultisme. Aura sans cesse accentuée par quelques samplers ajoutés judicieusement, tels des hululements de chouette (Chary Bezumnoy Luny), des hurlements de loups (Tayaschiysya vo Tme), ou encore quelques cris de plaisirs féminins (Araneum), rappelant ces femmes hurlant leur plaisir de fricoter avec une quelconque entité non humaine . Dernier point, dans l’avant-dernière chanson, nommée Bluzhdayuschiy Ogon, le clavier apporte une pointe de mélancolie, soutenue par la voix suave et délicieuse d’Aina.
L’album, dans sa globalité, n’a pas la prétention de renouveler le genre, mais y apporte plutôt sa touche personnelle, je m’explique: j’ai toujours connu les groupes des pays de l’Est pour leur extrémisme, autant musical qu’idéologique. Ici, comme je l’ai cité précédemment, Blackthorn pique des éléments au Death (que ce soit dans les riffs ou la voix, dans la chanson Nekromans par exemple), au Black (également dans les riffs, dans les ambiances, ou le jeu de batterie, ou dans l’intro de Ternovaya Zima), et également au Heavy pour les (rares) solos exécutés ainsi que pour la chanson Saturnia (au passage magnifique, et au refrain plus qu’entêtant)!

Musicalement, nous faisons face à de grandes musiciennes, qui maitrisent leur sujet à fond : aucune fausse note dans le jeu de batterie (bien que le son au niveau de celle ci soit plutôt moyen!), ça blaste quand ça blaste (entendez par là qu’il n’y a aucune interruption de débutant(e)), les riffs sont majestueusement placés, les ambiances au clavier bien présentes et bien orchestrées, le tout saupoudrée du superbe organe d’Aina! Et la langue slave est juste si hypnotique à l’écoute…

En conclusion, nous sommes bien loin d’un album de Gothique classique, ce genre d’albums que l’on a entendu dix, vingt, trente fois… Ces nanas-là, elles bottent le cul à pas mal de formations présentes sur la scène, et j’espère qu’elle continueront ainsi, à nous envoûter de leurs belles auras : mystiques et fascinantes! Au moins, la musique colle aux personnes qui la joue… Ah, et pour info: le nouvel album des Blackthorn, Codex Archaos, est sorti en ce mois de décembre, et il fait mal, très mal…

P.S: Je remercie Elvira, la guitariste, qui m’a éclairé sur quelques points de l’album, d’où le fait que j’ai mis plus longtemps que d’habitude à écrire cette chronique

ENGLISH VERSION

The 21st of August, during the afternoon, return trip from Summer Breeze Festival, my cell phone rang… Oh, Greg :
« Hey dude ! Are you alright ? You’re at your home ?
_ I come back from Summer Breeze, I think I’d be there tonight. Why ?
_ I juste returned from Belarus. Come at home, I’ve got some suprises for you, he said with the excitation and the innocence of a young boy. You’ll see, you won’t be disappointed !
_ Really ? Okay, I’ll be there…

To be honest, the word « surprise », in the mouth of this dear Greg, is often synonymous of Slavonic Metal rareties, unknown in our Westerns Lands.
So I arrived, tiredness on my face, these four festive days having finished off my liveliness, but my liver too. I refrain from my good habits, my loutish temperament gaining the upper hand :
_ Well dude, be quick ! Where are thoses rareties who told me this afternoon ?
_ I expected that you asked me ! Look !
And so, he pulled out a suitcase (yes, a suitcase !), full of diverse and varied CD ( still in Metal domain). Seeing my astonishment, he said :
_ Amazing isn’t it ? It cost me a little fortune, but when we are passionated… By the way, I’ve brought what you asked.
He gave me this Thelema CD that I expected, and gave me too the last album of Mental Demise, so hard to have… He had brought me !
_ Oh thanks guy !
_ Don’t thank me, it’s a pleasure ! I know that you’re just fan of everything special in Black Metal. He hands me the only album of Serpens ( very good Ukrainian band, playing now under the name of The True Serpens). One more thing, it’s some girls I’ve met on Metal Crowd Festival. They’re not bad, in both senses of the word. Their band is called Blackthorn. Do me a review, their new album comes out aroun december ! »

I leave him, looking at the present he gave me. I won’t deny that I won’t describe you Thelema, or Mental Demise, or Serpens but the album of those girls from Blackthorn, the well-named Araneum. Not being a fan of Slavonic language, I allowed myself to use Metal Archives and Spirit Of Metal, to recreate as closely as possible the tracks of this album (here, I’ll talk about the Russian version, not the English version, similar to the first one).

This quintet comes from Moscow, and is composed of five women, all equally charming as the other ! Thinking about it, when there are only women in a band, they do some tasteless Gothic, uncreative, disappearing as quickly as it appeared (except for Crucified Barbara, Kittie or famous Girlschool, who kick’s our dear Lemmy’s ass). Anyway, I’d see, that’ll teach me to take everything… Nevertheless, the cover doesn’t look so bad, with this silhouettes surrounded by a green-blurred halo, around a sort of temporal vortex, with this « deformed » logo. Clearly, it’s really different from that we have already seen, that’s to say lovely writings ( I won’t quote Nightwish, or After Forever…)
Putting the CD into my disk player, I have this apprehension of « I don’t like Gothic, it will be certainly awful » (people knowing already knwo it !). It was a horrible mistake… Explanations :

After an intro, trivial, but which have the knack to put you into its atmosphere, with incantatory voice, flirting with mysticism, which suceeds a powerful song : Omen ! Double pedal, a big tasty Death riff which rocks a lot, completed with a quite-present keyboard which doesn’t affect the rythm of the song. Damned, we are so far from thoses « standards for little girls » like Within Temptation, Nightwish (not the Tarja period, period where we could find a strong Death basis, rather missing on Once…), Epica and others… And, by all the Gods, this voice… Lovely lyrical, extremely beautiful : however, she doesn’t reac the Tarja’s timbre (the reference for me), but stay in the « Opera style » and it’s perfectly appropriates in the musical atmosphere.
The contribution of the keyboard, although I’m not really fan, brings some sgnificant elements to the music of Blackthorn. First, and the most important, is the accessibility : keyboard softens the harsh riffing of guitars, as lying at the borders of Death and Black Metal. So, it brings to neophytes and persons who don’t like « violent music » some food for thought. Second, this keyboard injects a kind of mystical, incantatory, magical and occult aura. Aura continually reinforced by some samplers, clervely added, like owl hooting (Chary Bezumnoy Luny), wolf howling (Tayaschiysya vo Tme), or some female pleasure screams (Araneum), reminding these women shout their pleasure to flirt with some kind of demon, or non-human creature. Finally, in Bluzhdayuschiy Ogon, keyboard infuses a sort of melancholy, supported by the sweet and delicious voice of Aina.
Overall, the album doesn’t pretend to renew the genre, and prefers put a personal touch. I always knew Eastern Lands for their extremism, both musical and ideological. Here, like I said before, Blackthorn “steals” some elements to Death Metal (in the guitar riffs, or the voice, like Nekromans for example), to Black Metal (in guitar riffs too, in atmospheres, or in drum playing, like the introduction of Ternovaya Zima) and also in Heavy Metal for (rare) solos and for the song Saturnia (wonderful, and with a haunting chorus).

Musically, we have some talented artists, who master their subject: a perfect drum playing (but the sound is not really good for it…), no false note, perfectly accorded! Riffs are majestically placed, atmospheres on keyboard very present, and well-orchestrated, which was added the magnificent voice of Aina. And the Slavonic language is so hypnotic..

In conclusion, we are so far from a classical Gothic album… These girls kick some asses to some actual formations, and I hope they’ll keep captivating us with their auras: mystical and fascinating. And just for information: their last album Codex Archaos, came out this December, and it’s good, really good…

P.S: I would like to thank Elvira, the guitarist, for bringing some information on the album.


ComScore

A propos de l'auteur

Chroniqueur au sein de l'association. Friand de Death, Brutal Death, Black, Doom, Stoner, Sludge, Indus, Thrash, Hardcore 80's...

Commentaires

  1. Greg Déc 21, 2011

    Encore une magnifique chronique de Monsieur Dwight. C’est vrai qu’il est tout simplement énorme cet album ! Je m’en vais l’écouter d’ailleurs. Pour les avoir rencontré discuter un bon moment avec elles (en backstage s.v.p), le groupe est aussi sympathique que leur musique !

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