Chronique : « Dethroned » par Morgue

Par Dwight dans Chroniques

Allez les gars, avouez-le: tout ce que vous connaissez du Québec, c’est les caribous, Céline Dion, et leur accent que vous trouvez absolument fendard. Vous êtes finalement bien loin du compte… Imaginez un instant que ce pays au climat froid mais à l’ambiance pourtant chaleureuse, francophone de surcroit, puisse vous surprendre par sa scène Metal… Si je vous dis Kataklysm, Voivod, Gorguts, Cryptopsy, Martyr? Ah, je vois un semblant de réaction, des sourires qui s’effacent et qui laissent place à l’étonnement. Ça vous la coupe hein? Eh oui, c’est pas parce qu’on a un accent rigolo qu’on en est forcément, des rigolos! Et ça, les Québécois l’ont bien compris! Admettez-le : qui n’a pas pris son pied sur la chanson Shadows And Dust de Kataklysm? Qui n’a pas écouté en boucle Dimension Hatross de Voivod? Qui ne s’est jamais tapé une session Headbang sur Considered Dead des cultissimes Gorguts? On fait moins les malins du coup? Et encore, je n’ai cité que les groupes les plus connus. Si on gratte un peu, on tombe sur quelques perles : Gris, Sombres Forêts, Miserere Luminis, Forteresse, Grimoire, Sorcier des Glaces… Tout ça rien que pour la scène Black Metal! Si on approfondit encore plus, on trouve les Béhémothiens (je trouve leur visuel très copié sur celui des Polonais) de Necronomicon, les perfectionnistes de Beneath The Massacre, et les blasphémateurs de Morgue… C’est d’ailleurs sur ces derniers que je vais m’attarder ( qui a dit : c’est toi l’attardé?).

Morgue, formé à Québec en 2005, nous délivre un Blackened Death Metal furieux, et pas piqué des hannetons. Leur premier effort, Flames And Blood sorti en 2010, m’avait fait l’effet d’une petite bombe dans ma tête (surtout le titre Destinée Funeste, qui est pour moi le meilleur de cet album), avec sa pochette ô combien violente et provocatrice. Avec ses délicieux relents Black Metal, cela m’avait plus que séduit mais je trouvais la production très en deçà du potentiel du groupe, ne faisant pas ressortir toute la profondeur et la froideur de la musique. L’annonce, vers septembre 2011, d’un nouvel album nommé Dethroned, m’avait mis la puce à l’oreille et un certain engouement. C’est donc avec empressement que je me procure l’album, mais pourquoi seulement une chronique maintenant, alors que l’album est sorti voilà plus de trois mois? Patience, la révélation viendra en temps et en heure, ou plutôt dans les quelques lignes qui vont suivre…

Comme à mon habitude, rapide coup d’œil à la pochette : elle est beaucoup moins crue que Flames And Blood, mais néanmoins plus explicite. La vision de ces agneaux égorgés (surement synonyme de la population, de la masse sans cervelle qui peuple désormais la Terre), ainsi que des pendus sur l’arbre en arrière plan (si si, regardez bien…), tout ça sur fond de ciel que l’on dirait fait de flammes ne vous évoque-t-il pas un début d’apocalypse? La fin de toute chose, la destruction de tout ce que vous chérissez, le pourrissement de notre ère… Car ce que veut Morgue, c’est la guerre, et vous anéantir!
L’intro Rotting Thy Lambs fait largement référence à cette pochette, en entendant les bêlements innocents et purs de ces pauvres bêtes qui ne se doutent pas du sort qui les attend… Jusqu’à cette musique, que l’on pourrait associer à l’arrivée des Anges de la Mort et…

Bam! Heights Of Babel déboule, nous dégomme, nous assène un furieux pain en pleine tête. Car oui, ce qu’il manquait à Flames And Blood, c’était sa profondeur, et sa production… Force est de constater que Morgue a carrément rectifié le tir : ils nous servent, non seulement une production béton (pour de l’auto produit, c’est même excellent), des riffs d’une incroyable lourdeur, si bien que le Black pratiqué au tout début n’est qu’un vague souvenir. Ici, le Death est roi, non sans être saupoudré de quelques touches Black ça et là, que ce soit vocalement, visuellement, ou musicalement.
Y’a pas à dire, Goliatt est un sacré bon vocaliste, oscillant presque avec un certain plaisir entre chant grave et hurlé, et avec une facilité déconcertante entre la langue de Molière et la langue de Shakespeare. Eh oui, on ne change pas une recette qui gagne! Comme sur leur précédente offrande, Morgue nous dessert quelques chansons chantées en Français (Déchéance, Le Trône Immaculé et Noyé Dans La Fange) où le côté blasphématoire et belliqueux est beaucoup plus âpre (la phrase « Dieu est mort », dans Déchéance est assez significative), soutenu par les riffs incisifs de Iron et Maimed, et par la précision chirurgicale des blasts de Panzer. Je ne pourrais pas en dire autant de la basse de ce cher Haze, que l’on entend malheureusement pas… Les chansons en Anglais ne sont pas en reste, car également très bien servies : Kingdoms I Burnt (ma préfére) avec son riff absolument pachydermique et colossal, Hordes Of Lions et We Are Thy Worms agrémentés de solo fort bien fouillé (les deux seuls de l’album d’ailleurs), aux rythmiques assez jouissives et brut de décoffrage, et Bloodstained Eden avec son intro acoustique. Comme je l’avais cité pour la partie française, le tout reste profondément antichrétien, évoquant la haine et la destruction. Cliché soit, mais faut admettre que l’on adore ça! Et comme pour se rappeler ses origines, l’œuvre se termine sur Noyé Dans La Fange, petit brûlot de huit minutes trente aux forts accents Black Metal nous assène le coup de grâce. La bataille est finie, l’Ombre l’a emporté sur la Lumière…

Bon, les chums (ah ben oui, faut bien s’y mettre un peu!), trois mois d’attente pour vous dire que Morgue, avec ce nouvel album, a décidé de vous en mettre plein la tête! Une production béton, un son brut de décoffrage, des riffs qui le sont tout autant… Si on laissait de côté toute cette scène Européenne, les Behemoth, les Belphegor, les Vesania… Et si on se penchait plus sur ce qui se passe en outre-Atlantique, chez nos Francophones d’amis ? Parce que je doute sérieusement qu’il y en ait beaucoup qui connaisse ce groupe là, qui mérite pourtant le détour. Même s’ils ne réinventent pas du tout (mais alors pas du tout) le style, ils le font bien, avec sincérité et énergie! Et ce serait dommage de passer à côté, vous ne croyez pas?

P.S. : Et pour ceux qui ne sont pas convaincus, lisez donc ceci « Soyez maudits, chiens infidèles! Soyez bannis, à tout jamais (si jamais vous n’écoutez pas notre album!) »… Bon okay, je sors…

La note du gaillard : un bon gros 16/20! (« car 17, c’est pour la mère supérieure, 18 c’est pour moi, le reste c’est pour Dieu et 20, ça n’existe pas! » dixit Elie Kakou, que jamais je n’aurais pensé casé dans une telle chronique!)

A propos de l'auteur

Chroniqueur au sein de l'association. Friand de Death, Brutal Death, Black, Doom, Stoner, Sludge, Indus, Thrash, Hardcore 80's...

Commentaires

  1. Batgirl Juin 29, 2014

    Hello!
    J’aimerais acheter cet album mais impossible à le trouver en commerce ..
    Peux-tu me dire comment tu te l’es procuré ? Merci ! 🙂

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