Chronique : « Gergovia » par Catuvolcus

Par Dwight dans Chroniques

Pour les plus férus d’histoire d’entre vous, le nom de l’album vous a surement interpellé; pour les autres Gergovia n’est autre que le nom latin de Gergovie. Petit rappel historique : pour ceux qui se souviennent du fameux album d’Astérix (Le Bouclier Arverne), Gergovie est une petite ville située à côté de Nemossos (aujourd’hui Clermont Ferrand) où se réfugie nos héros afin de mettre la main sur un bouclier représentant la fierté gauloise. Dans l’histoire, Gergovie est la ville qui a vu naître un chef, Vercingétorix, après une violente bataille entre les légions romaines de Jules César (qui n’a jamais été empereur, rappelons le) et les forces gauloises, en -52 avant Jésus Christ le bien nommé. Bref, je ne m’attarderais pas plus, tout est cité dans l’ouvrage La Guerre des Gaules, relatant la conquête et la fédération des peuples de ce que j’ose appeler l’ancêtre de la France et de la Belgique.

Mais pourquoi s’attarder sur ces détails historiques, vous demandez-vous. Si j’ai commencé de la sorte, c’est pour mettre en avant l’excellente initiative de Catuvolcus de nous plonger dans cette partie plutôt méconnue de notre histoire. Cependant, il est à noter que Catuvolcus n’est pas de notre bonne vieille Gaule, mais… du Québec! Saluons donc l’effort et le travail de recherches historiques mis en œuvre ici. Rappelons que le nom signifie Loup de Bataille, et qu’il est le patronyme d’un des chefs des Eburons, peuplade vivant au nord de la Belgique au premier siècle avant notre ère.

Le groupe, qualifiant son style de Gaul Metal, n’en est pas à son premier coup d’essai, puisque c’est ici sa deuxième réalisation, la première s’appelant Vae Victis et sortie en 2009. Comme je l’ai souvent dit, répété, voire même vociféré, le Québec est prolifique en groupes d’Extrême de qualité, et Catuvolcus ne déroge pas à cette règle.
Signalons au passage, l’excellent travail effectué sur la pochette, qui, quand on la déplie, dévoile un magnifique plan détaillé de la bataille de Gergovie (entendez par là, les lieux clés), chose dont ne profiteront pas ceux qui obtiendront l’album illégalement.

Passons maintenant aux choses sérieuses… Quid novi dans la musique de notre duo (enfin trio sur cet album)? Eh bien, comme à l’instar de nos amis de Valland (dont une chronique a été faite sur ce site même), les paroles sont écrites et chantées dans la bonne vieille langue de Molière! Quoi de mieux, pour raconter les actions héroïques et les fiers moments de bravoure de nos ancêtres, que de les narrer dans notre langue française? D’une manière ou d’une autre, la langue maternelle est un magnifique réceptacle émotionnel, permettant de retranscrire n’importe quel sentiment… Comment ne pas se sentir ému face aux chœurs guerriers? Comment ne pas vouloir accompagner nos valeureux Gaulois à la bataille, en entendant ces chants nous encourageant à prendre les armes face à l’envahisseur romain? (« Oh chic chic! Des Romains! » « Tout doux Obélix, tout doux…« )

De ce point là, mission réussie pour P-A Plessix (au chant pour cet album) qui a réussi à insuffler à ses paroles un souffle épique, avec un je-ne-sais-quoi d’émotionnel et de poignant. N’oublions pas tout de même que ce concept-album relate une période charnière de notre histoire, où l’émotion n’a pas trop lieu en vue des batailles qui se préparent… Je me répète peut-être mais, je ne salue non seulement pas l’artiste, mais également « l’historien », car avant cet album je n’avais que très peu de connaissances sur ce domaine… (Que voulez-vous, quand l’Histoire Scandinave, et la Guerre Froide vous tiennent à cœur…).

Attaquons-nous maintenant sur le fond musical… Une fois encore ici, saluons l’excellent travail de composition, qui après l’écoute, laisse l’auditeur complètement pantois… Car non seulement, il a été dantesque ( des morceaux allant de 5:26 à 12:18, si on enlève bien entendu les intros, brillamment exécutées en guitare acoustique ), et il s’ajoute au chant avec une harmonie comme j’ai rarement vu sur un album. Il y a tellement de passages épiques, de passages mélodiques (Aux portes de l’Oppidum reste définitivement ma chanson préférée), s’incorporant avec tellement d’efficacité et de maestria… On reconnait bien là la patte de Maxime Côte, qui œuvre dans l’excellent groupe de Progressive Black Death Hands Of Despair (si vous ne l’avez pas encore écouté, je vous le conseille vivement!). Mais je m’emballe, je m’emballe…
Du coup, quel fond Catuvolcus a-t-il utilisé afin de mettre en valeur sa production? Musicalement, nous restons dans un Melodic Black d’excellente facture, qui n’utilise aucunement d’artifices (pas d’instruments folkloriques, en fin de compte) comme le ferait un Valland, un Vaklnacht ou un Blackguard, mais qui retranscrit avec brio, avec simplicité et avec un franc plaisir ce qui s’est passé sur nos terres il y a 2000 ans de cela…

Messieurs, si je puis puis me permettre, il y a bien longtemps que je n’avais pris pareille baffe. Je vous salue donc bien bas, en espérant que la prochaine offrande soit de cette qualité.

Ave Catuvolcus, audire te salutant!

La note du gaillard : 17/20. Eh oui, la note maximale (pour moi hein!). Pour un deuxième album, et en 57 minutes, Catuvolcus nous retranscrit un pan de notre histoire avec une émotion telle que je parie que vous vous repasserez l’album une fois celui ci terminé. Des passages guitaristiques épiques en veux-tu en voilà, des chants guerriers poignants, retranscrits avec verve et virtuosité! Nos amis Québécois ont du talent, et ils nous le montrent une fois de plus! Merci à toi P-A, pour la confiance apportée!

A propos de l'auteur

Chroniqueur au sein de l'association. Friand de Death, Brutal Death, Black, Doom, Stoner, Sludge, Indus, Thrash, Hardcore 80's...

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