Chronique : « Human Light Leakage » par Slatsher

Par Dwight dans Chroniques

Il y a toujours un petit élan de fierté, un petit signe de joie quand on apprend qu’un groupe de sa région, que l’on suit depuis quelque temps, sort enfin son premier album. Et c’est à vous qu’incombe la tâche de chroniquer l’album, en étant impartial, et en évitant d’être un fayot de première. Je le reconnais, c’est dur… Surtout quand on te remet en mains propres le premier album de Slatsher, sorti sous le tout jeune label Spheres Records. Des explications s’imposent.

Slatsher se forme à Jarny (en Meurthe-et-Moselle donc) en 2007, et se compose de Yan à la guitare, de Mickaël à la batterie et de Nicolas à la basse. Très vite, Rémi rejoint le groupe en tant que chanteur, et la formation se voit enchaîner les concerts en ouvrant pour Eths, Lofofora, Mass Hysteria ou encore Ultra Vomit. Trois ans plus tard, Hugo rejoint les rangs au poste de second guitariste et de là, tout s’enchaîne.

Après avoir partagé l’affiche avec Black Bomb A en juin 2010, le groupe entre en studio en juillet de cette même année afin d’enregistrer une démo 4 titres. Puis chemin faisant, l’expérience venant au fur et à mesure des compositions et des concerts, il est normal de les retrouver en ouverture de Deep In Hate, ou encore de Sepultura (eh oui!). Après cela, il est donc temps pour eux de finaliser leur premier effort en août 2012, en compagnie du claviériste Flavien Morel, officiant dans Benighted Soul.

La mise en ligne de Vorarephilia (Mosaic Of Flesh And Blood) à la fin de l’année 2012 avait posé les bases directement : un titre puissant, énergique, avec un poil de technicité. La vidéo est pas loin des deux mille vues actuellement, ce qui est pas mal du tout pour un groupe du coin. Le seul bémol à vrai dire, pour moi, serait la pochette, qui je ne trouve absolument pas en adéquation avec la musique jouée… Bref, trêve de divergences, de niaiseries et d’oisiveté, place au contenu de cette galette fort prometteuse.

Bon, en vrai, avec des mots bien placés dans le bon ordre, qu’est ce que ça donne? Comme je l’ai dit, dès les premières secondes, la production en jette direct : c’est propre, lourd, massif et un chouilla grassouillet. On est en présence ici d’un Progressive Atmospheric Death Metal un tantinet technique, qui n’aurait pas à rougir face à ses aînés. En effet, ça joue vraiment bien, on est face à quelque chose de carré mais en même temps non-maîtrisé du fait de la jeunesse du quintet, à un style solide bien que très impersonnel.
Très impersonnel, parlons-en justement. Le groupe ne le cache pas, il s’inspire très clairement de Gojira et de The Faceless principalement (deux groupes qu’on ne présente plus, cela va de soi). Et c’est là malheureusement que le bât blesse, si je puis m’exprimer ainsi. Même si tout est exécuté avec brio, comment ne pas reconnaitre l’influence du groupe hexagonal dans certains breaks (Faceless Man en est un exemple flagrant) ou dans l’instrumental Fugus, dont on croirait que certains riffs sont des chutes de From Mars to Sirius… Sans parler non plus de ce break presque repompé au morceau Roots Bloody Roots de Sepultura sur le morceau The Sap Of the Burned Tree

Mais détrompez-vous, malgré ce défaut majeur, l’album recèle des qualités qui font vite oublier cette impersonnalité. Les morceaux sont vraiment travaillés avec une précision d’orfèvre, chacun ayant son petit moment de gloire, sa petite patte distinctive (ces guitares acoustiques de toute beauté bon Dieu!), et ses soli! Ils se sont fait plaisir les petits gaillards, même un peu trop je dirais. En effet, pas que ça devienne redondant, mais on peut vite perdre l’auditeur de cette manière, de même que la longueur de certains titres, où on sent parfois que les zicos se perdent parfois eux-même. Comme dirait Perceval : « Quand on joue à un jeu, c’est pour se détendre. Si on passe trois plombes à expliquer les règles, ça sert strictement à rien. »
Bon après, je suis quand même mauvaise langue, car c’est tout de même brillamment exécuté, chacun ayant la maîtrise parfaite de son instrument (Hugo, va falloir que tu me dises un jour combien tu as de doigts pour aller aussi vite…), les passages atmosphériques vraiment bien placés, planants, ça blaste bien, le chant bien puissant comme il faut : ni trop en avant, ni trop en retrait…
Bref, on voit qu’il y a du boulot sincère derrière tout ça, que ça se fait vraiment plaisir, et que l’on ne nous a pas menti sur la marchandise. Et c’est tout ce qu’on demande.

La note du gaillard : 15/20. Au final, pour un premier jet les gars, vous n’y êtes pas allés pas de main morte. Pas par le chemin le plus simple certes, parfois alambiqué, parfois tortueux, sinueux, glissant, mais c’est efficace. La longueur de l’album en rebutera certains (65 minutes mine de rien), mais quand c’est bien exécuté sans que l’ennui s’installe, c’est pas mal non plus non? Il faudra juste penser à se débarrasser de ces influences trop marquées, il y a du potentiel, une identité qui ne demande qu’à prendre son envol et jouer dans la cour des grands. Et quand ça ce sera fait, ça va faire mal. Très mal.

P.S. : Mes sincères excuses pour ce retard sur la chronique. Vraiment.

A propos de l'auteur

Chroniqueur au sein de l'association. Friand de Death, Brutal Death, Black, Doom, Stoner, Sludge, Indus, Thrash, Hardcore 80's...

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire à cet article.

Ajouter un commentaire

Obligatoire

Ne sera pas publié. Requis

Facultatif