Chronique : « Interzone » par Wheelfall

Par Dwight dans Chroniques

« Le désert : sec, aride, stérile de toute forme de vie. Ça et là, se trimballent quelques animaux en quête de nourriture, aussi rare soit elle. Les cactus épars donnent un peu de verdure, bien que ceux ci ne possèdent pas les feuilles nécessaires à redonner un semblant de vivant et de couleur… Au beau milieu de ce sable, une route, bien belle, bien droite qui ne demande qu’à être parcourue, qui demande à ce que tu bouffes du miles, encore et encore, à fond les gaz… Bien entendu, la chaleur étouffante oblige à rouler les cheveux au vent, Ray Ban sur le pif, clope au bec, et du bon gros Stoner qui tache en trame sonore… Et là, pendant que tu roules avec ta Dodge, décapotable de surcroit, t’observes un truc au loin assez bizarre, tu t’arrêtes et tu descends sous la chaleur implacable : tu sais pas ce que c’est, on dirait une sorte d’araignée métallique tout droit sorti d’un roman de H.G. Wells. C’est la chaleur qui te fait surement délirer, il fait plus de 50 degrés boudiou! Tu veux remonter dans ta tire, mais y’a comme une chose qui t’en empêches, t’es comme hypnotisé par cette structure, qui se rapproche indubitablement de toi. Le sol tremble, ton cerveau te dit de fuir, tes jambes ne bougent plus : tu vois de la fumée au loin, tu commences à sentir des odeurs de brûlé, des cris qui surviennent de la station essence située plus loin, une explosion dantesque, et des rayons aveuglants qui font tout fondre sur leur passage. Le ciel s’assombrit, tétanisé par la peur, tremblant de tout ton saoul, la chose se dirige, son rayon pointant vers toi. Tu savais qu’il fallait mettre la radio, tu le savais… Le cliquetis des pas se fait proche, très proche… Tu entends un cri dans une langue inconnue, un bruit de chargement et…

Bordel, quelle heure il est? 15h… Ça m’apprendra à m’avoiner la tronche de whisky et de gros son pendant toute une nuit… J’ai une de ces pâteuses, et un de ces mal de tête… Et toujours ce même cauchemar… Faut décidément que j’arrête de regarder tous ces films de SF à deux francs six sous, où les effets spéciaux sont tellement cheap que l’on pourrait presque voir les fils de nylon et déceler que le décor c’est du gros carton peint… Je me lève donc péniblement, et observe mon écran d’ordinateur. Tiens, qu’est ce que j’ai écouté hier soir… Hum hum… Okay… Ah tiens, Wheelfall? La pochette est intrigante en tout cas… Que cela ne tienne, je vais réécouter ça, quitte à ce que mon crâne implose… »

Une introduction pas banale, pour un groupe qui l’est tout autant! Wheelfall se forme à Nancy en 2009, autour de Wayne Furter (chant et guitare), de Flo « Cactus » Daniels (guitare), de Niko « El Moche » (basse), et de Quentin Vega (batterie). Cependant, ce dernier quitte le navire, et est de suite remplacé par Niko « Elbow » Giraud. Tout va très vite, puisqu’en 2010, le groupe sort un EP nommé From The Blazing Sky At Dusk. Déjà là, le groupe pratique un Stoner Doom des plus excellents, flirtant déjà avec les grands de la scène, actuelle ou passée. Car oui, même si cette scène est très méconnue du public, elle possède néanmoins un fan-base tellement solide, que des groupes subsistent et connaissent une notoriété non négligeable. Wheelfall commencent à faire partie de ceux là, et pour notre plus grand plaisir, nous gratifie d’un album nommé Interzone en cette année 2012, que l’on va décortiquer tout de suite, là, maintenant! Et en avant-première, s’il vous plait!

Une explosion, des bruits métalliques, des appels au secours via une radio… La scène est déjà plantée dès l’intro dénommée (prelude), et dès Howling, le ton est lancé! Des riffs qui sentent bon l’asphalte, le sable chaud et le bourbon, le tout soutenu par la voix rauque et unique de Wayne; une basse ronronnante à souhait; une jeu de batterie, certes pas bluffant, mais qui colle très bien à l’ambiance; une production génialissime…
Y’à pas à tortiller, chez ces p’tits gars là, y’a du potentiel, un énorme potentiel… Y’a qu’à voir la facilité déconcertante qu’ils ont à te faire passer du Stoner au Doom sans sourciller et sans aucun effort… Des morceaux qui varient entre 5 et 22 minutes (et ouais mon gars…), sans instaurer d’ennui, qui te font planer sans que tu fermes les yeux, une chope à la main… Et dès que tu fermes les yeux, tu es transporté, ton corps vacille, ta tête ne peut pas s’empêcher d’aller d’avant en arrière, tant le riffing est parfait et groovy. Même les parties lentes ont le mérite de te faire décoller, des parties même qu’elles te feraient penser à du Electric Wizard, à du Goatsnake, du Sourvein, ou encore du Acid King… Ce timbre si particulier de la part de Wayne, incomparable, et qui prend ton cerveau pour te dire « Viens dans mon univers », un univers de SF, peuplé de l’imagination des plus grands comme H.G. Wells pour la partie « roman », H.R Giger (celui là même qui a fait les décors et la créature du premier Alien…) pour la partie « métallique », je n’ai pas une culture assez étendue sur le sujet pour pouvoir lister les (nombreuses) influences non-musicales, mais je pense que celles-ci en font partie.
L’album se clôt sur Interzone, brûlot de plus de 22:45 minutes, où le mid-tempo est de mise, avec un riffing répétitif, lancinant et démentiellement excellent, avec une accélération qui te fait juste halluciner, et qui te laisse sans voix quand l’album se termine… Le périple prend fin, le voyage se termine, bref, descendez tous de voiture les mecs…

En gros, Wheelfall, ça donne quoi? Un cocktail détonnant entre la scène US et britannique du Stoner Doom (en plus des éléments que je citai plus haut, on pourrait rajouter The Ramesses, ou The Obsessed, ou encore Acrimony (ou encore même Kyuss soyons un peu fou…), distillant chaque bon élément de ces différentes scènes, pour nous insuffler leur vision de la musique, sous couvert de riffs gras, de lenteur et de voix grave… Si ces gars ont ouvert pour The Wounded Kings, ne vous posez pas la question de pourquoi ils l’ont fait… C’est étrange que notre ami Wino de Saint Vitus ne se soit pas encore intéressé à eux… Cependant, m’est avis qu’il s’est penché sur le berceau de chacun, pour qu’ils aient une destinée hors du commun…

La note du gaillard : 17/20! Et ouais, c’est pas tous les jours qu’on tombe sur un album de cette trempe! Même si musicalement, c’est du Stoner Doom (et donc, rien de bien neuf), l’énergie est communicative, et on se laisse facilement transporter et prendre au jeu! Beau boulot les gars! Merci à Wayne de m’avoir contacté pour chroniquer cet album! A une prochaine sur Nancy fieu!

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A propos de l'auteur

Chroniqueur au sein de l'association. Friand de Death, Brutal Death, Black, Doom, Stoner, Sludge, Indus, Thrash, Hardcore 80's...

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