Chronique : « Sedition » par Hour Of Penance

Par Dwight dans Chroniques

Dans les rues, c’est la panique : le ciel est devenu gris métallisé, zébré de part en part par des éclairs d’une taille gigantesque. Le sol tremble, les bâtiments se fissurent, des pierres commencent à tomber… Des corps gisent, la tête éclatée, le corps piétiné avec une seule et même expression sur leur visage crispé : celle de l’effroi, celle de la terreur, de cette irascible et incontrôlable peur. Des cris fusent, les gens courent apeurés, cherchant vainement à se cacher, tremblant et pleurant de tout leur corps parcouru de spasmes involontaires. De partout, les pseudo-prophètes scandent : « L’Apocalypse est proche mes frères! L’Heure de la Pénitence a sonné pour vous! Préparez vous à la sédition des forces divines et infernales! Soyez… »

Un grondement sourd se fait entendre, faisant taire toutes ces prédictions. Soudain, les nuages se déchirent, les éclairs pleuvent… Des reflets écaillés se font apercevoir, des langues fourchues apparaissent dans la masse nuageuse, des têtes triangulaires percent le ciel. Ce n’est plus la panique, c’est le chaos total désormais! Tout le monde s’égosille, les yeux révulsés, allant partout et nulle part, comme une poule à qui on a coupé la tête. On se piétine, on se bat pour survivre, on se tue pour pouvoir s’assurer un minimum de sursis. Tuer, ou être tué…

Les serpents célestes prennent un malin plaisir à regarder ces fourmis s’entretuer pour s’assurer l’honneur d’être un survivant. « Les humains sont vraiment des êtres pathétiques et lâches, se disent elles. Ils nous facilitent décidément la tâche… Le Seigneur des Cieux sera content de voir son erreur éradiquée jusqu’au dernier. Mes frères, vous savez ce qu’il vous reste à faire… »
Les reptiles, dans un mouvement souple, s’exécutent donc : ils s’enroulent autour des bâtiments jusqu’à effondrement, dévorent tous ceux qui leur résistent. Certains mêmes surgissent des entrailles de la Terre, pour mieux pulvériser. Les Sept Plaies d’Égypte n’était qu’un avant gout de cette destruction. La colère divine n’a plus aucune limite désormais…

Une vision d’Apocalypse? Oh que non, juste ce que m’a inspiré la pochette de la dernière offrande des Deathsters Italiens de Hour Of Penance, nommée Sedition. Pour ceux qui ne connaissent pas le groupe, rapide tour d’horizon!
Formé en 1999 à Rome, le groupe nous délivre sa première galette en 2003 et porte le nom de Disturbance, puis une autre en 2005 sous le nom de Pageantry For Martyrs. En deux albums, le groupe commence à se tailler une solide réputation avec son Brutal Death carré et brut de décoffrage, certes un peu trop proche de celui Américain. Mais bon, étant plus ou moins le seul à pratiquer ce style dans le pays (avec Septycal Gorge), le groupe ne s’en inquiétait pas… Jusqu’à l’arrivée en 2007 de Fleshgod Apocalypse, comportant Francesco Paoli, chanteur sur l’excellent The Vile Conception sorti en 2008 (et aussi sur Paradogma, mais on y revient après). Les délicieux relents techniques que Hour Of Penance a incorporé à sa musique ont eu tôt fait de les placer en fer de lance dans les principaux leaders du Brutal Death européen (avec Benighted, Aborted, Defeated Sanity et consort…). Cependant, la sortie de Oracles des Fleshgod a remis tout le monde d’accord : il apporte un nouveau vent de fraîcheur sur le Brutal Death, avec l’incorporation judicieuse d’instruments classiques (usés, et abusés dans Agony) mêlée à une technicité qui n’est plus à démontrer. Le groupe avait donc de sérieux soucis à se faire. La sortie de Paradogma, en 2010, a vite calmé le jeu : Hour Of Penance reste le même, balance du Brutal, de la technicité à qui en veut. Mais un coup dur va vite faire entrer nos Italiens dans un moment d’incertitude…
En deux semaines de temps, ce n’est pas un, mais deux membres du groupes qui se font la malle. Tout d’abord, le growler de service, Francesco Paoli quitte le navire dû aux excès très alcoolisés de son batteur lors d’un concert à Alicante. Deux semaines plus tard, on apprend que ce dernier, Mauro Mauricio, s’en va lui également. Pour beaucoup, le groupe est alors fini…
Cependant, les remplacements se font assez rapidement et le groupe tombe dans le silence… Jusqu’à l’annonce, en ce début d’année, de la sortie d’un nouvel album. Mais entre temps, Agony est sorti et adulé, Hour Of Penance est donc déchu de son trône par leurs potes de Fleshgod?

L’introduction Transubstantiatio, avec ses chants grégoriens très unifiés, ne peut en rien prédire ce qui va nous tomber dessus… Enlightened Submission nous arrive sur le coin de la tronche, tel un gros parpaing : c’est véloce, c’est brutal, c’est hargneux… C’est génial! Ca s’enchaine à une vitesse monstre, les notes déferlent, la double possède une rapidité tout juste ahurissante, c’est du grand Hour Of Penance que nous tenons là! Quoi, j’en suis qu’au premier titre encore? Qu’à cela ne tienne, toutes les autres sont du même acabit! On reste dans l’ultra efficace, ça dérouille, on envoie quelques petits passages headbangants de temps à autre (Fall Of Servants), quelques petits soli bien placés (Enlightened Submission, Decimate The Ancestry Of The Only God, Sedition Through Scorn). La courte accalmie au début d’Ascencion n’est qu’un leurre, enchainant directement sur les martelages du nouveau tapeur Simone Piras et les vocaux du nouveau growler Paolo Pieri. Avouons le, les deux nouveaux s’en tirent avec les honneurs, Paolo possédant un guttural profond et pourtant assez compréhensible, oscillant toutefois de temps en temps avec une voix bien criarde, et Simone un jeu tout bonnement affolant, presque tentaculaire.
On a ici du riff bien rentre dedans, aucun titre ne démarque excessivement, du fait que tout castagne du début à la fin (j’ai quand même une petite préférence pour The Cannibal Gods et Sedition Through Scorn, et son petit break assassin). Si on devait résumer la musique des Italiens, ça donnerait ceci « On est ici pour tout défoncer, et vous poutrer la face ».

Malgré sa très faible durée de vie (31 petites minutes ô combien jouissives), la nouvelle offrande de nos Deathsters Italiens est tout simplement énorme! Rapide du début à la fin, ultra-technique, totalement jubilatoire de par sa brutalité et sa vélocité, on prend son pied de manière instantanée. Hour Of Penance n’a plus rien à prouver, il est bien le fleuron de la scène Brutal Death Italienne, l’apport de Paolo et de Simone n’a pas entâché cette réputation de butor. Le pays en forme de botte a un énorme potentiel, ne le sous-estimez pas… Cet album, si c’est pas un avant goût de l’Apocalypse, ça y ressemble fortement…

La note du gaillard : un énorme 17/20, qui n’atteint pas le 18, du fait qu’il soit bien trop court…

A propos de l'auteur

Chroniqueur au sein de l'association. Friand de Death, Brutal Death, Black, Doom, Stoner, Sludge, Indus, Thrash, Hardcore 80's...

Commentaires

  1. sage Jan 25, 2015

    METALLOIDE!!!!
    /m/

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