Chronique : « Solmeth Pervitine » par Pavillon Rouge

Par Dwight dans Chroniques

Soit, la Norvège peut se targuer d’être le berceau du Black Metal. Mais au fur et à mesure des années, avouons-le, la scène a perdu de sa superbe : entre le meurtre d’Euronymous par le sieur Christian Varg Vikernes Quisling (et plus si affinités), les incendies d’églises, les petites conneries de l’Inner Black Circle (qui ont entretenu le folklore certes), les petites guéguerres intestines au sein de Gorgoroth, et le départ de certains grands groupes (comme Emperor), y’a plus grand chose… Oui bon, mise à part Darkthrone, mais personne ne les remplacera eux quand ils arrêteront…

Mais il y a eu les rejetons de la scène Norvégienne. En Suède avec l’entité Bathory du regretté Quorthon, Lord Belial. En Finlande, avec Horna et Azaghal. Et une montée assez fulgurante dans toute l’Europe! Malheureusement, ce n’est pas le but de cette chronique de faire un listing des innombrables groupes de Black européens. Faisons juste un arrêt en France tiens, pour le fun.

Je me répète certes, mais la scène Norvégienne a fait pas mal d’émules début 90. Les plus marquants sont sans conteste Nehëmah, formé en 1992; mais également Mütiilation, œuvre majeure de Meyhna’ch, jouant maintenant dans l’excellent groupe Hell Militia. De plus, quelques groupes aux idées et aux idéologies fort douteuses virent le jour, atteignant tout de même une certaine notoriété dans le milieu underground (Seigneur Voland, Peste Noire par exemple).
Mais certains ont choisi des voies « Blackesques » totalement différentes, comme Anorexia Nervosa, qui a préféré explorer le côté symphonique du Black, au détriment du « True », jusqu’au split en 2007 suite au départ RMS Hreidmarr en 2005 afin de se consacrer pleinement à The CNK, groupe d’Electro/Indus Black un peu barré.
Pour rebondir sur ce dernier propos, d’autres ont choisi de pousser encore plus loin le vice, en incorporant des élément Indus et Electro, à cette musique si organique qu’est le Black Metal. N’en déplaisent à certains puristes, mais Blacklodge et Reverence ont fort bien tiré leur épingle de la scène jusqu’à maintenant; tellement bien qu’ils en sont chacun à leur quatrième album. De même pour Ad Hominem, qui est pour moi la référence du genre.

Le groupe Pavillon Rouge fait parti de ceux là, de cette vague « d’enfants terribles » du Black, se moquant pas mal des conventions que leurs ainés s’étaient donnés tant de mal à tracer, jouant pertinemment avec les nouvelles technologies mises à sa disposition.
Véritable OVNI de la scène Black, fondé en 2007 à Grenoble par YVH d’Osirion et Ben de Sybreed, le groupe sort un MCD en 2008 du nom de Mizuage (que je n’ai jamais écouté, mais il faut bien se documenter pour bosser hein!). Cependant, Ben quitte le navire, et est remplacé par… Kra Cillag, le vociférateur du regretté Crystalium (l’un de mes groupes référence d’ailleurs), rien que ça! A quoi faut-il donc s’attendre avec cette arrivée plus que prometteuse, avec l’album Solmeth Pervitine?

« Je crois que je suis un petit peu déjanté »

Cette simple phrase résume parfaitement le chemin emprunté par Pavillon Rouge : dès Solmeth Ascension, le ton est donné. Une production puissante, où l’organique ne subsiste plus que par les riffs, la voix si caractéristique de Cillag, et la voix malsaine de YVH. Le tout noyé, submergé par une vague numérique, électronique : d’innombrables samplers parcourent les titres, les beats lancinants, à la limite de la Techno, hypnotisent et lobotomisent. Ce ne serait que mentir si je disais que le tout se mêle harmonieusement, l’électronique recouvrant bien trop souvent l’organique…

 » C’est une bataille entre nous et le système, pour montrer comment le système tue les êtres humains »

Parce que malgré ce manque de clarté, force est d’avouer que Pavillon Rouge s’en sort pas mal dans ce domaine : la musique joue habilement avec notre esprit, s’écarte allégrement des lois définies et tracées des années auparavant. Le groupe use et abuse de schémas atypiques, très éloignés des standards du genre, au rythme des beats hypnotisants…

« T’as de la coke? Ou un autre sub? »

Voyage halluciné dans les méandres d’un esprit torturé, dans un cerveau totalement embrumé par les remontées de LSD, aspiré dans un vortex sous acide, Pavillon Rouge nous fait entrer dans son monde virtuel, néo-futuriste. On se laisse pourtant facilement entrainé dans ce monde cyber-punk, croisement entre Blade Runner et Deus Ex, où le biologique et le cybernétique ne font plus qu’un. Un monde, où les nouvelles drogues synthétiques nous font voir une succession de flashes, de couleurs syncopées, et lorsque l’on ferme les yeux, nous font chavirer comme un radeau. Comme les effets d’un trip que l’on maitrise plus, on s’embarque dans les volutes épaisses, dans les relents Cold Wave et New Wave des années 80…

« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un long voyage »

La fin du voyage oui, la redescente, où le cerveau est flouté, les yeux exorbités, la bouche pâteuse, le corps nauséeux… Comme si t’étais revenu d’un long roadtrip, mais sans être vraiment jamais parti. D’avoir vécu pas mal de trucs, mais sans jamais être conscient… Oui, l’effet Pavillon Rouge c’est ça…

Au final alors, Pavillon Rouge ça donne quoi? Délires psychotiques, où riffs et voix Black sont mélangés à de gros beats et rythmes Techno, où le réel et l’hallucination ne font qu’un, où le présent et le futur n’existent pas. Une musique qui te fait dupliquer tes sens, mais qui te fait oublier toi même ta propre perception paradoxalement.

Mélanger Black et Electro, c’est jamais chose facile. Pavillon Rouge l’a bien compris, et nous délivre un album carrément halluciné, se moquant de toutes les conventions jusqu’alors écrites et (plus ou moins) respectées. Dommage juste que l’Electronique aie pris le dessus sur l’Organique…
Pour les plus puristes d’entre vous, cet album va peut être vous rebuter, mais soyez curieux, Cillag s’en sort plus qu’honorablement. Pour les autres, amateurs de sensations inédites, une plongée dans le futur, ça vous tente?

La note du gaillard : un 15/20 bien mérité (qui aurait mérité plus, si le son électronique n’avait rien submergé)

P.S. : Merci à Guillaume Bodhi, membre du groupe, de m’avoir contacté afin de préparer cette chronique. Tu as ma reconnaissance éternelle 😉

A propos de l'auteur

Chroniqueur au sein de l'association. Friand de Death, Brutal Death, Black, Doom, Stoner, Sludge, Indus, Thrash, Hardcore 80's...

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