Glam Metal / Glam Rock : « Le cuir et la dentelle »

Par Uludahan dans Culture, Essais

Petite réflexion sur le Glam-Metal

Le Glam-Metal est un sous-genre du Heavy-Metal, qui tire son origine du Shock-Rock des années 70, avec des groupes comme Alice Cooper ou Kiss. L’origine géographique de cette tendance est certainement Los Angeles, dans Sunstreet Bvd, qui voyait défiler à cette époque des hommes habillés en femmes, et des femmes habillées en hommes, mais aussi un grand nombre de punks et de gothiques. Le Glam-Metal a beaucoup contribué au succès du Heavy-metal dans les années 80.

En effet, le metal est avant tout une musique très masculine, surtout à cette époque. Les femmes n’étaient pas exclues de ce milieu, loin de là. Simplement, ce genre musical touchait particulièrement les jeunes adolescents. De fait, les valeurs de force et de puissance, ainsi que la volonté de se défouler par une production musicale très agressive et les pogos qu’elle suscite, font du Heavy-metal une musique très virile. Mais voilà qu’avec des groupes comme Mötley Crue, Poison ou Twisted Sisters, les musiciens se sont parés de dentelle, de maquillage, et se sont littéralement travestis pour leurs concerts. Certains musiciens ressemblaient tellement à des femmes qu’ils ont reçu de nombreuses avances d’hommes qui n’y ont vu que du feu.

Ce n’est pas une question d’homosexualité…

Beaucoup à l’époque ont donc pensé que le Glam-metal était une musique d’homosexuels pour les homosexuels. Mais cette idée est, bien entendu, bien trop simpliste pour comprendre ce sous-genre, très riche et complexe. Il n’y a pas d’un côté un metal hétéro et de l’autre un metal homo. Dans l’ensemble, le metal est en effet une musique très hétérosexuelle, avec des valeurs très masculines, comme la force et la puissance, qui permettent à la colère et à la fougue des jeunes adolescents de s’exprimer. La question du Glam-metal est donc une question très pertinente : pourquoi s’habiller en femme pour se montrer viril ?

L’idée de se travestir en femme est donc, en fin de compte, une idée très virile. D’abord parce qu’il faut beaucoup de courage à un homme pour s’habiller en femme et s’exhiber ainsi aux yeux du grand public. Mais cela n’explique pas le fond de la question. Pour bien comprendre le Glam-metal, il faut bien se remettre dans un contexte propre à la seconde moitié du XX° siècle, marqué par un désengagement masculin général. Pour aller droit au but sans passer par la thèse anthropologique, disons simplement que les pères de cette époque n’ont pas du tout donné envie à leurs fils de leur ressembler. Refus de l’affrontement, chute dans la facilité, incapacité de penser par soi même… la liste des exemples de situation où les pères se sont montrés « dévirilisés » pourrait être longue ! Du coup, les jeunes adolescents ne pouvaient pas s’identifier à leur père, c’est pourquoi ils se sont identifiés à des hommes qui jouaient avec leur identité sexuelle.

… il s’agit d’une question de jeu !

Le Glam-Metal a permis à toute une génération de se rebeller contre l’image traditionnelle de l’homme, en jouant avec ce paradoxe : pour se montrer viril, il faut ressembler à une femme. C’est pourquoi les musiciens de Glam ont eu beaucoup de succès auprès des femmes. Cela permet d’une part de ne pas ressembler à son père, et d’autre part de jouer avec la provocation. Car tel est, au final, le but ultime du Glam : faire jaser ! Si le Glam-metal s’est montré très populaire dans les années 80, c’est parce que c’est un mouvement qui a beaucoup fait jaser les gens, et par là même s’est fait connaître. Ce style, délibérément provocant en mélangeant le style musical dur et masculin du metal avec les froufrous, la dentelle et le maquillage très féminins, a fait entrer toute une génération dans le principe de transgression des interdits. Jouer avec son identité sexuelle, cela permet non seulement de garantir une popularité de « jaseries », mais aussi de sortir des sentiers battus du guerrier viril.

En ce sens, le mélange choque. Dans un monde simpliste, les choses sont binaires. Bien ou mal. Noir ou blanc. Féminin ou masculin. Le Glam, en mélangeant le féminin et le masculin a montré que le metal était capable de sortir des repères moraux et traditionnels. On ne sait plus trop bien où on en est : c’est un jeu entre un monde de machine qui veut tout faire rentrer dans des petites cases, et les rebelles qui trouvent des moyens d’échapper à l’imposition d’une structure. Les apparences deviennent trompeuses. Le Glam, c’est la transgression des règles, à commencer par celle de l’identité sexuelle. Le Glam, c’est l’expression que même les lois qui apparaissent comme naturelles et immuables peuvent être transgressées.

Le Glam, c’est donc la musique de la subversion : pour se montrer viril, il faut se féminiser. Franchir la barrière des interdits, se rebeller contre une société qui « classe » tout, provoquer les gens, faire jaser… mais qu’attendons-nous pour faire de même ?


Motley Crue – Girls Girls Girls par thefastlane2hell

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Commentaires

  1. Nonore Avr 22, 2014

    J’aurais plusieurs choses à redire :
    « Les femmes n’étaient pas exclues du milieu, loin de là » HA HA HA HA HA HA !! Effectivement, du moment qu’elles restaient des groupies, tout allait bien, mais lorsqu’elles s’avisaient de se mettre à la gratte et chanter fort dans un micro, les choses commençaient à se gâter. Vous n’avez qu’à demander aux Runanways, le premier groupe de rock féminin, elles vous en diront des nouvelles…
    Après, par rapport au fait que ce genre de musique touchait plus particulièrement les adolescents pour son agressivité, je me dis deux choses :
    Soit c’était vrai, sachant qu’à l’époque on éduquait bcp plus les filles à être niaises, jolies et idiotes. Leurs goûts allaient de ce fait avec les normes sociales qu’on leur imposait
    Soit il s’agit d’un immonde cliché car OUI les filles aussi peuvent avoir besoin de musique violente pour se défouler. D’ailleurs, je suis sûre que DORO, dite « the metal queen », n’en pense pas moins.

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