Gojira « L’Enfant Sauvage »

Par Yan dans Chroniques

Dernier joyaux façonné par Gojira, « L’Enfant Sauvage », cet album prenant les tripes arrive à point pour nous cueillir à froid. Plongeons à l’écoute de cette richesse musicale, détenue par ces artistes renommés, qui pourrait nous décrire ici le retour d’un enfant sauvage dans sa forêt ravagée par l’industrialisation. Voici une atmosphère envoutante, avec ces morceaux parfois mécanisés mais tout aussi expressifs, une force naturelle qui cherche à se sortir de cet œuf contaminé.

L’introduction « Explosia » pourrait servir de synopsis pour cet album obscur, ambiance résumant fidèlement celui-ci. Ce cycle infernal des saisons en noir et blanc considérablement dévastées semble être dessiné dans le clip « L’Enfant Sauvage« , une boucle infinie de rémanence. On essayerait de se rassurer par la capacité d’adaptation de la nature, ce dont Jeo Duplantier exprimerait comme un dernier combat à accomplir, pour garder notre part d’humanité.

Ambiance apocalyptique dans « The Axe », nous conte le drame d’un chaos menaçant consciemment provoqué. L’histoire semble se dérouler sur le champ d’une bataille perdue d’avance, où des guerriers y sont laissés pour compte, écrasés par l’esclavage d’une civilisation déhumanisée.

« Liquide Fire » aurait repris des bases musicales de « l’Enfant Sauvage » avec un attrait pour la communication, Joe arrivant à dégager aussi bien la souffrance en détresse, que l’échange avec un robot à voix féminin, interface d’un compte à rebours imminent.

Que reste-il dans cette barbarie désertique et lugubre, une robotisation seule intermédiaire à la communication et à l’échange d’information ? Un monde sous couveuse ? Quelque chose brille au loin, un petit jouet nommé « The Wild Healer », sonnant de façon mélancolique telle une boite à musique trouvée sur un tas de cendre. La transition d’un album plutôt profond venant nous rappeler la nostalgie d’une terre anciennement humaine.

Nous y sommes, le monde arrive à son « autodésensibilisation », nous y avons fortement contribué, pour laisser maitre du hasard, des puissances incontrôlable. Gojira vient ici prévenir qu’il est peut-être déjà trop tard, et que la musique sert aussi à prendre conscience d’une réalité quotidienne volontairement ignorée. Ces morceaux insufflent toute l’expression d’un enfant sauvage qui déploie ses dernières forces à rompre ses chaines, à la recherche de l’antidote. Cruel destin d’une punition infligée par cette science qu’il n’a jamais choisi.

La torture subie prend toute son apogée lors de « Pain of Master », un calme avant la tempête avec le cœur palpitant essayant de retrouver son esprit, sensation d’une marche au bord du vide éclairé par la lueur d’une bougie au haut d’un gratte-ciel prêt à s’écrouler. Un souffle de vent viendrait nous glisser à l’oreille qu’il ne reste plus beaucoup de temps.

Né pendant une saison morte, « Born In Winter » façonnerait les perceptions défilantes de notre vie, lors de cette chute inévitable au ralenti nous conduisant dans un couloir intemporel. Se retrouvant face à une mort irréelle, les souvenirs fusent, un froid glaçant le sang d’une naissance d’hivers ( ou peut être renaissance), jusqu’à l’effondrement imaginaire de cette tour infernale.

« The Fall » est la dernière porte à ouvrir avant de retrouver la terre, cette mer nature qui n’aura pu protéger ses enfants de ses propres outils de destruction. Un point, qui ne sera peut-être pas « final », libèrerait un passage vers un nouveau commencement, une transition vers une réincarnation ou alors un pont vers la répétition infinie de sa propre vie. Une feuille qui tombe au sol pour regénérer la terre, une goute d’eau alimentant la nature.

Cet album rappellerait la vision d’une réalité extrême aux yeux d’un enfant sauvage, qui ne regarde ni dans le passé ni dans le futur, mais dans cette prison qu’est notre présent. Celui où nous fermons les yeux, débranchons les relations et les connections, pour les mettre à disposition des machines, nos vrais Maitres. Que pourrait-on apprécier alors dans cette désertification que l’on fait à de la nature ? Attendre que le tour recommence, que la prochaine partie redémarre, et nous retrouver à nouveau devant cette boite à musique magique, au milieu d’un rêve dépourvu d’humanité. Cassons la coquille de cette vie qui se détruit elle même, sortons de ce corps robotisé afin retrouver nos âmes naturelles.

Gojira nous livre ici, un album grandissime, non par sa majestueuse originalité, mais en exprimant une réalité contemporaine d’un monde qui se transforme. Une musique qui nous montre la fragilité de la vie, de l’homme sauvage assommé par la civilisation qu’il a créé. Engagé comme toujours, l’écoute de « L’Enfant Sauvage » est un plaisir absolu, en attendant de voir recommencer la partie et trouver la boite, tout comme pour un film oscarisé. Avec des morceaux calibrés sur un même esprit, se fondant très bien les uns à la suite des autres, cette production très aboutie demanderait plusieurs cycles d’écoutes afin de comprendre entièrement l’univers installé. Upload the game in your new body!

C’est un album à ajouter à sa discothèque !

Morceaux à retenir: Explosia, The Axe, L’Enfant Sauvage, The Gift of Guild, Born In Winter

Note : 8.5/10

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