Interview de My Own Private Alaska « MOPA » par Tristan

Par Yan dans Interviews

C’est lors d’un concert à Metz (Lorraine) le 30 Avril 2012 que nous avons rencontré les trois membres de My Own Private Alaska. Ce groupe musicalement novateur, exprime de façon très profonde la souffrance humaine. Composé musicalement d’un chant screamo et d’un duo « pianos – batterie », ces artistes nous font découvrir leur musique d’une personnalité riche d’expression. Leur réussite artistique les a poussé à s’engager dans une démarche complémentaire « art et aide à l’expression ». Nous avons pu garder contact avec le groupe et Tristan fut intéressé pour répondre à nos questions, pour vous faire (re)découvrir ce groupe hors du commun.

Chant : Milka
Piano : Tritan
Batterie :Yann


Actualité et live :


Quelle sont les dernières nouvelles chez MOPA et comment s’est déroulé votre dernière tournée ?
Quel serait le bilan de ces derniers mois ?

Voici plusieurs choses que nous menons actuellement de front:

– La composition de nouveaux titres en vue de l’enregistrement du prochain album. Cela s’oriente clairement plus punk avec des tempos plus rapides et engagées, un peu à l’image de notre attitude scénique.

– Notre engagement concret dans la lutte contre le mal-être chez les jeunes. Nous montons des actions de conférence-débat-concert issu de notre propre expérience et des témoignages que l’on reçoit de nos fans après nos concerts. C’est impressionnant comme ce sujet est, malheureusement, universel.

– La réflexion sur la manière de promouvoir notre musique indépendamment de l’aide d’un label : plus que jamais la crise du disque, internet et la crise tout court modifie le monde culturel et affecte en profondeur les comportements des fans. On a en tête quelques pistes pour se mettre en phase avec cette nouvelle ère.

La fin de la tournée « Amen tour » nous a emmenés dans plus de 20 pays et permis de jouer quasiment 200 concerts en 3 ans, que ce soit en acoustique ou en version standard.


Certaines personnes sont surprises quand ils entendent parler de concert de « MOPA en acoustique » étant donné que vous n’utilisez aucune sonorité électrique. Quelle est la différence avec une configuration non acoustique ?

C’est pourtant très simple ! Il s’agit tout simplement de concerts de type « unplugged ». Tout le monde connait « l’unplugged in New-York » de Nirvana par exemple. On revisite nos propres morceaux de manière à pouvoir les proposer dans une optique plus adoucie et sous un angle plus nuancé. Nous donnons une seconde peau à des morceaux que nous avons joués des centaines de fois en concert… Il ne faut pas penser qu’un piano est différent d’une guitare, il existe des pianos électriques et des pianos acoustiques.

Quelles sensations avez-vous lorsque vous êtes devant un public qui ne vous connait pas ? Quelle est l’atmosphère de la salle ? Quels souvenirs en gardez-vous?

L’envie d’attirer la curiosité a minima, de convaincre au mieux. Les gens, s’ils ne sont pas forcément curieux de nature, sont dans tous les cas touchés par les artistes qui ne trichent pas dans les émotions, lorsque ces derniers montrent avec pureté le caractère singulier de leur personnalité. MOPA fait du MOPA pas tant artistiquement, mais sur le point de vue humain: on essaie de tout donner et d’exprimer avec sincérité et humanité la musique et les textes que nous jouerons.

Une démarche engagée avec le cœur :


Vous vous êtes engagé dans la prévention du suicide et de la dépression, pouvez-vous nous en dire plus sur cet engagement, comment avez-vous eut cette envie de donner de votre temps pour cette cause ?

C’est un sujet très important pour nous dans la mesure où il nous touche de très près. Certains membres de MOPA et de nos proches reviennent d’assez loin, voire pire. Rien d’exceptionnel, car malheureusement cela peut toucher tout un chacun et on connait tous un ami qui va mal.
Nous exprimons notre mal-être via la musique. C’est une démarche salvatrice. Et à en croire les témoignages des fans de Chine, d’Espagne, d’Estonie ou de France, qui ressentent des choses très fortes à l’écoute de notre musique, la qualifient d’utile et de remuante, il faut croire qu’une boucle se crée. Nous aussi en tant qu’auditeurs nous avons écouté des groupes qui nous ont aidé à aller mieux à certaines périodes sombres de notre vie: citons Nirvana, Helmet ou encore la Mano Negra. Et il s’avère que maintenant c’est à nous de proposer ce genre de musique. Etant à la fois acteurs et témoins de ce phénomène, nous ne pouvions pas rester inactifs.
Nous avons donc décidé de monter un partenariat avec divers associations de lutte contre le mal-être chez les jeunes. Le but étant de proposer des conférences-débat-concert issues de notre propre expérience via une phrase clé: « transformer le négatif en positif ». On ne prétend pas donner de leçons ou proposer « LA vérité », mais le simple fait de partager des expériences et des mots permet déjà de trouver un chemin vers « la lumière du mieux-être ».
Dans ce cadre, on propose à nos fans de nous envoyer leurs expériences douloureuses sur notre Tumblr et nous nous en inspirerons pour écrire la moitié des textes du prochain album. C’est notre manière d’associer les fans à notre démarche et de s’inscrire dans une démarche humaine, une démarche de partage. http://hopeislive.tumblr.com/

En quoi pensez-vous qu’une musique sombre ou triste puisse aider une personne dépressive ? Et que peuvent-elles apporter à votre public en live?

Justement ! Je n’ai pas l’impression d’être le seul à constater que lorsque je ne me sens pas bien, je ne suis pas en phase avec de la musique légère ou festive. Ce serait comme boire du Champagne lors d’un enterrement… a noter que la dépression et le suicide sont des sous-catégories du mal-être. Pas l’inverse. Ces 2 derniers cas sont particuliers et il ne fait aucun doute que la musique seule ne peut guérir ces maux.
La force du live réside dans le fait que des humains jouent devant d’autres humains. Et si les artistes expriment avec sincérité et honnêteté leur musique/message, alors le public, à condition qu’il s’ouvre, sera touché par la prestation scénique et musicale. Je me répète: jamais je ne me suis senti aussi vivant et rempli d’émotion qu’en écoutant un Kurt Cobain crier sa détresse. Tant de mal-être et pourtant tant de vie !!

La démarche de MOPA peut-elle être prise comme une thérapie, dans un but d’expression?

La musique est pour nous une catharsis. C’est salvateur et certainement thérapeutique à notre niveau. Mais je souhaiterais rajouter 2 composantes essentielles à la « vraie » thérapie du mal-être: mener une activité quelle qu’elle soit et pas forcément musicale ou artistique. Et vaincre l’isolement personnel. Le partage avec les gens et l’exercice d’une activité me paraissent être la clé de voute d’une thérapie. MOPA s’inscrit sur ces 2 tableaux, à notre niveau, via les conférences et la musique.

Quels conseils donneriez-vous à des personnes qui voudraient en aider d’autres en phase dépressive ?

C’est une question délicate. Nous ne prétendons pas nous substituer à des spécialistes, ni connaître la solution ultime, mais on peut ébaucher un début de réponse en rappelant à quel point il est important d’être présent, à l’écoute et de pousser les personnes dépressives à sortir de leur isolement (aller voir un concert par exemple !), voire à exercer une activité. Il nous paraît important d’être dans l’action pour se prouver qu’on tous capable de faire des choses dont on est fier.

Une démarche artistique et votre avenir :

Pouvez-vous nous parler du travail graphique sur vos albums, ainsi que des peintures exposées lors de vos concerts?

Il nous tient très à cœur d’apporter une attention toute particulière au travail graphique de nos albums en effet. Il nous paraît fondamental de ne pas se foutre de la gueule de nos fans et de leur proposer des objets de qualité. On a en pour preuve notre album d’Amen disponible en double vinyle + CD + DVD
En fait nous essayons de sortir des albums ou EP dans des formats différents à chaque fois. C’est aussi une façon de lutter contre le piratage et la dématérialisation sauvage de nos albums.
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Concernant les peintures exposées lors de nos concerts, il s’agit de l’œuvre de Yohan Hennequin, notre batteur qui est donc également peintre. Il nous paraissait évident de nous inscrire dans une démarche complémentaire des arts. En alliant la musique à la peinture, on exprime un peu plus le caractère humain de notre vision artistique. Ces toiles qui sont exposées à seulement quelques pas du public nous permettent de proposer une alternative très organique et humaine à la sempiternelle projection vidéo que l’on trouve très froide et virtuelle. Certaines toiles de Yohan sont visibles ici: galerie toiles

Quels vont être les futurs projets de MOPA ? Que pouvons-nous vous souhaiter pour la suite ?

Nous cherchons la bonne période et les moyens de financement du prochain album. Ross Robinson, qui nous a produit notre album, est très motivé pour nous refaire le prochain. Et on ne vous cache pas la folle envie qu’on a de retourner à Los Angeles pour ça ! La plus-value artistique que nous apporte la patte de Ross est tellement immense, voir le résultat sur nos derniers morceaux qui se veulent définitivement plus efficaces, quel bénéfice artistique pour nous.
On espère aussi propager notre action envers la lutte contre le mal-être à l’échelle nationale voire internationale, car la résonance de ce thème est encore une fois malheureusement universelle. Et d’aucun sait que la musique est le langage universel.


Merci Tristan pour cette interview très sincère, nous espérons vous retrouver prochainement en Lorraine. Nous vous encourageons pour la suite de votre aventure, ainsi que pour votre engagement à aider les plus jeunes à se sortir de leur situation de mal être.

facebook
http://hopeislive.tumblr.com/
http://www.bouloudesign.com/MOPA/
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