Metal et violence

Par Uludahan dans Essais

Introduction


Le chanteur est sur la scène. Mais il ne chante pas, il hurle. Les musiciens gesticulent, et bougent la tête pour faire valser leurs cheveux longs. La batterie est tellement rapide que l’on se croirait à côté d’un marteau-piqueur. Pour le profane, ce n’est pas de la musique, c’est une bouillie pour chats. D’autant plus que le tout est tellement fort, les basses tellement appuyées, que certains pourraient avoir l’impression que leur dîner a soudainement bénéficié d’une vie propre à l’intérieur de leur estomac. Quelle violence !
Et puis, comme si cela ne suffisait pas, sous la scène, la masse humaine s’agglutine, au point de suffoquer. Seuls les endroits où on « pogote » aident à respirer, mais c’est pour se retrouver en pleine bousculade, risquant de se prendre un coup ou de se faire rentrer dedans par quelques « mordus » excités par le rythme excessif. Même là où il n’y a ni bousculade, ni étouffade, le public a le poing levé et hurle en cadence à s’en briser les cordes vocales. Là encore, quelle violence !
Rajoutons à cela des églises brûlées, un comportement provocateur et excessif, une manière de s’habiller effrayante, un décor macabre… Mais pourquoi le gouvernement n’interdit pas le metal ? Cette musique n’est-elle pas une incitation à la violence ? N’est-ce pas là une pente vers la dégénérescence sociale assurée ?
Tant qu’on y est, pourquoi même ne pas faire du metal ce bouc émissaire tant réclamé par les médias actuels ? La pollution, les guerres, la faim dans le monde, le trou de la sécurité sociale, la disparition d’espèces menacées, tout cela peut aussi être à cause du metal ! Il est nécessaire, donc, de prendre de la distance au lieu de laisser les clichés faciles empoisonner une saine réflexion. Tout d’abord, il ne faut pas oublier que cette musique reste la grande inconnue dans notre société. Si les radios et les télévisions passent régulièrement du rap, du reggae (musique issues de cultures sudiques) ou même de la variété, il faut reconnaître objectivement que le metal (musique issue de cultures nordiques) est une scène absente des médias actuels. En 2006, lorsque le groupe Lordi a gagné à l’Eurovision, ce triomphe a vite été effacé pour être remplacé par un scandale médiatique les opposant à Mr Drucker.
Il est effectivement aisé de diaboliser la musique metal, car elle déploie un imaginaire complexe et marginal, et par là même reste inconnue. L’inconnu fait peur. Peut-être que la situation actuelle ressemble à une période médiévale où « différent » était synonyme de « dangereux »… La bassesse culturelle actuelle ne permet donc pas un jugement pertinent de ce courant musical. Il est donc nécessaire de prendre de la distance afin d’opérer un « survol de l’aigle » pour constater trois éléments importants.

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Metal et violence

Commentaires

  1. Yan Août 2, 2011

    Bon essai, il répond à beaucoup de question sur le Metal.
    Nan le Metal n’est pas purement violent!
    Ce que les gens ne veulent pas comprendre, c’est que le Metal apporte ce que la société nous enlève.
    Une question :
    Le Metal évoluera t’il sur une forme plus brutale, ou moins extrême?

  2. Joris Août 2, 2011

    En arrivant à la conclusion, j’allais me dire « mince, il manque un point sur les différents styles de Metal et sur les goûts de chacun ! ». En fait je me suis trompé, il est bien présent dans le dernier paragraphe, mais j’aimerais revenir sur ce point :

    « La seconde objection est plus sensible : le metal, ce n’est pas une belle musique. Là encore, il
    faut nuancer fortement. Il existe en effet de nombreuses branches dans ce courant musical.
    Certaines sont très belles, et pas violentes du tout. Certains groupes proposent un répertoire
    épique, symphonique, majestueux, qui étonne la majorité des gens enfermés dans des clichés.
    Ensuite, pour les branches moins mélodiques, il est nécessaire de souligner deux aspects. Le
    premier est que la beauté n’est pas recherchée dans l’art contemporain, mais l’expression. En
    faisant du metal, le métalleux ne cherche pas à faire quelque chose de beau, mais à
    s’exprimer. Il se sert justement de la musique comme moyen de médiation pour faire face au
    problème du mal. »

    On est d’accord, la première phrase souligne un cliché de plus que les personnes extérieures à ce courant prononcent de nombreuses fois dès qu’elles entendent un cri ou des guitares saturées. Mais quand je lis la suite, je crois sous-entendre que seules les branches « mélodiques » seraient belles et pas violentes.

    Or je pense qu’avant de souligner l’aspect d’une mise en valeur, il faut songer à remettre en cause le goût des personnes, plus difficile à expliquer selon moi. Dans la phrase « le métalleux ne cherche pas à faire quelque chose de beau, mais à s’exprimer », on oublie peut-être qu’avant de vouloir utiliser ce moyen d’expression qu’est la musique, on peut simplement vouloir, quelque soit le style de musique et plus particulièrement ici de Metal, se plonger dans une musique qui nous plait personnellement sans se soucier de ceux qui l’écouteront ensuite. Cela rejoint d’ailleurs le principe de la catharsis…

    En tout cas merci pour cet essai, toujours aussi agréable à lire !

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